Les engagements ouverts resteront ouverts à la signature jusqu’au 31 décembre 2020.

Un climat en faveur du changement: vers une charte humanitaire du climat et de l’environnement

Octobre 2020
Par Catherine-Lune Grayson
conseillère politique, Comité international de la Croix-Rouge;

Tessa Kelly
coordonnatrice, Changements climatiques, Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge


Résumé

Le nombre de personnes qui nécessitent actuellement une aide humanitaire en raison de la crise climatique a atteint un niveau sans précédent. Alors que plus de 51,6 millions de personnes ont été directement touchées par des inondations, des sécheresses ou des tempêtes, il est d’autant plus crucial pour le secteur humanitaire de réagir et de trouver des solutions au plus vite. À cet égard, le Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (Mouvement) a démontré le rôle important qu’il joue sur le terrain dans la réduction des risques et la lutte contre les conséquences des changements climatiques. Dans le cadre de manifestations de grande ampleur telles que la XXXIIIe Conférence internationale qui s’est tenue l’année dernière ou, plus récemment, le Sommet Climate:Red organisé les 9 et 10 septembre 2020, le réseau de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge a prouvé qu’il était prêt à anticiper les chocs et les aléas climatiques avant qu’ils ne frappent. Étant donné que des événements « sans précédent » font désormais partie de notre quotidien, il est plus important que jamais de prendre des mesures appropriées d’adaptation aux changements climatiques.


Histoire

Tandis que le COVID-19 se propageait, les effets des changements climatiques ont continué de se faire sentir tout au long de l’année 2020, ce qui a gravement porté atteinte à la santé et à la vie des personnes. Entre les cyclones dans le Pacifique, les typhons en Asie, les ouragans dans les Amériques, les vagues de chaleur et les feux de végétation en Europe et en Californie, et les inondations en Afrique, la crise climatique est loin d’avoir marqué une pause au cours de la pandémie, ce qui ne nous laisse pas d’autre choix que de nous attaquer simultanément aux conséquences des deux crises sur le plan humanitaire. Des études récentes (en anglais) menées par la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (Fédération internationale) et le Centre de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge sur le climat montrent qu’au moins 51,6 millions de personnes dans le monde ont été directement touchées à la fois par une catastrophe telle qu’une inondation, une sécheresse ou une tempête, et par la pandémie de COVID-19. En outre, on estime que plus de 430 millions de personnes dans le monde ont été exposées à des températures extrêmes au cours de la pandémie de COVID-19.

Les changements climatiques entraînent des risques et les exacerbent, et ont des répercussions sur tous les aspects de la vie des personnes, qu’il s’agisse de leur sécurité, de leur santé et de leur accès à l’eau, à la nourriture ou aux moyens de subsistance. Les communautés les plus vulnérables se trouvent en première ligne. L’évolution du climat est donc passée du statut de problématique purement « environnementale » à celui de problématique exigeant une intervention humanitaire de toute urgence. Une analyse (en anglais) publiée l’année dernière par la Fédération internationale montre que le nombre de personnes nécessitant une assistance humanitaire vitale pourrait doubler d’ici à 2050 si rien n’est fait pour endiguer les changements climatiques et si nous n’investissons pas dans des mesures audacieuses d’adaptation et d’atténuation. Aujourd’hui encore, les inondations, les feux de végétation et les vagues de chaleur « sans précédent » font souvent la une des journaux. Si notre nouveau quotidien consiste à affronter des phénomènes « sans précédent », comment notre réseau humanitaire peut-il suivre le rythme ?

À l’occasion du Sommet Climate:Red organisé par la Fédération internationale les 9 et 10 septembre 2020, l’appel à l’action du réseau de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge a retenti. Le Sommet Climate:Red, qui a rassemblé plus de 10 000 participants au cours de 200 sessions sur plus de 30 heures, a démontré les effets considérables et multiples des changements climatiques et le rôle important joué par les Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge sur le terrain dans la réduction des risques et la lutte contre leurs conséquences. Un des objectifs principaux du Sommet était « d’insuffler un nouvel élan » à nos ambitions afin de mieux lutter contre la crise climatique, en particulier en ce qui concerne la réalisation des engagements pris dans le cadre de la XXXIIIe Conférence internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, ceux énoncés dans la Stratégie 2030 de la Fédération internationale qui place « les crises climatiques et environnementales » en tête d’une liste de cinq défis mondiaux devant être relevés au cours de la prochaine décennie, ainsi que ceux définis dans la Stratégie institutionnelle du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) 2019-2022, dont l’un des principaux objectifs est l’adaptation aux effets conjugués du conflit et des aléas climatiques.

L’année dernière, à l’occasion de la XXXIIIe Conférence internationale, la Fédération internationale, le CICR, les Sociétés nationales et les États présents à Genève ont mis en lumière les effets de la crise climatique sur le plan humanitaire. Pour la première fois dans l’histoire, ils ont établi un lien entre les priorités de l’action en faveur du climat et celles de l’action humanitaire en participant à une manifestation virtuelle conjointement avec les membres de la COP25 à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), réunis à Madrid.

La Fédération internationale, le CICR et plusieurs Sociétés nationales ont mis leurs ambitions sur papier en élaborant le Plan de lutte contre la crise climatique du Mouvement et en prenant un nouvel engagement intitulé Renforcer la résilience des communautés face aux changements climatiques et la dégradation de l’environnement par une action humanitaire qui tienne compte des changements climatiques. Cet engagement énonce les ambitions des composantes du Mouvement d’améliorer notre action en intégrant systématiquement les risques liés à l’évolution du climat dans la planification de nos programmes et de nos opérations afin que nous ne soyons plus pris au dépourvu par des phénomènes « sans précédent » et que nous soyons bien préparés à anticiper les chocs et les aléas climatiques avant qu’ils ne frappent. De même, nous nous sommes engagés à examiner de près l’écologisation de nos propres pratiques et à réduire notre impact sur l’environnement et le climat.

Cependant, nous avons atteint nos limites pour ce qui est de nos propres activités et comportements. En plus de réclamer des mesures d’atténuation plus ambitieuses, nous avons la possibilité, et peut-être le devoir, de chercher à améliorer les pratiques du système humanitaire au sens large. Nous pensons qu’il est temps de compléter le Code de conduite pour le Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge et pour les organisations non gouvernementales (ONG) lors des opérations de secours en cas de catastrophe de 1994 en y intégrant des engagements clairs, simples et ambitieux relatifs au climat et à l’environnement qui puissent guider la communauté humanitaire.

Nous disposons de plusieurs outils pratiques permettant aux organisations humanitaires de mieux exploiter les prévisions scientifiques à différentes échelles de temps, ainsi que de réduire les effets sur l’environnement et les émissions de gaz à effets de serre dans le cadre des interventions humanitaires. Toutefois, il n’existe pas un document unique qui rassemble les principaux engagements pris par la communauté humanitaire au sujet du climat et de l’environnement. C’est pourquoi nous nous sommes engagés à élaborer une charte du climat et de l’environnement en collaboration avec le système humanitaire tout entier et pour son usage.

Après des premiers échanges avec un comité de pilotage composé d’organisations et de réseaux humanitaires, ainsi qu’avec des climatologues et des experts en environnement, nous avons poursuivi la discussion à l’occasion du Sommet Climate:Red. Toutes les Sociétés nationales ont pu prendre part à la conversation dans le cadre de séances qui prévoyaient des services d’interprétation en anglais, en français, en espagnol et en arabe. Dans les mois à venir, nous solliciterons les contributions de l’ensemble du Mouvement et du secteur humanitaire au sens large afin de nous aider à élaborer ce nouveau « document de référence » pour notre communauté humanitaire.

Comme l’a montré le rapport de la Fédération internationale publié en 2019 « The Cost of Doing Nothing », si des mesures appropriées d’adaptation au climat sont prises aujourd’hui, le nombre de personnes nécessitant une assistance humanitaire en raison de la crise climatique pourrait se stabiliser, voire diminuer. Mais nous devons agir maintenant. Afin de pouvoir relever ce défi, il nous faut améliorer collectivement nos pratiques et faire en sorte que le système humanitaire soit mieux équipé et préparé pour faire face à la crise climatique.


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