Table ronde de clôture : « Nous avons tous la responsabilité d’honorer nos promesses »

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La 32e Conférence internationale s’est conclue sur un bref débat autour d’une table rassemblant Fatima Gailani, présidente du Croissant-Rouge afghan; Yves Daccord, directeur général du CICR; Elhadj As Sy, secrétaire général de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge; Stephen O’Brien, secrétaire général adjoint des Nations unies en charge des affaires humanitaires et de la coordination des secours d’urgence et Mostefa Souag, directeur général d’Al Jazeera.

Sy a rendu hommage aux millions de volontaires du Mouvement à travers le monde, soulignant leur rôle vital et réaffirmant le soutien de la Fédération internationale. « Notre mission humanitaire peut se résumer comme suit: être là, en tout temps, aux côtés de ceux qui ont besoin de nous. Et cette mission, nous voulons l’accomplir ensemble, avec le CICR, en tant que Mouvement, dans un esprit de collaboration et de complémentarité », a-t-il déclaré.

Invités à réfléchir sur l’action humanitaire contemporaine, tous les participants ont convenu de l’importance de travailler ensemble de manière constructive, afin de servir les personnes dans le besoin au mieux de nos possibilités. « Dans le monde actuel, c’est une bonne chose que d’être un humanitaire, un idéaliste, un pacifiste, surtout quand on est environné de toutes parts par les discours bellicistes et les conflits. Le pouvoir de l’humanité doit être notre boussole, notre GPS », a-t-il poursuivi.

Fatima Gailani a rappelé aux participants l’importance d’être des humanitaires aujourd’hui, d’être des humanitaires forts et fiers, de célébrer la vie et de pleurer chaque mort. M. Daccord a estimé que, dans un monde de plus en plus complexe, où les humanitaires sont amenés parfois à penser davantage aux autres qu’à eux-mêmes, le Mouvement maintenait bien le cap consistant à placer les gens au centre de l’action humanitaire. « La personne humaine a été au coeur de toutes nos discussions, réflexions et résolutions durant ces trois jours et nous sommes résolus à mener une action concrète et collective, avec une vision claire de ce que chacun de nous peut faire », a-t-il déclaré.

Stephen O’Brien a été enthousiasmé par l’énergie et la volonté du Mouvement. « Je ne vois pas de meilleur partenaire que le Mouvement pour l’humanité », a-t-il commenté. « L’alliage du volontariat et des valeurs inscrit l’humanité au coeur de votre action. »

Mostefa Souag a évoqué la synergie de plus en plus étroite qui unit médias et humanitaires. « Médias et humanitaires sont toujours les premiers arrivés sur le théâtre des catastrophes. Les médias sont là pour en rendre compte, sensibiliser le monde à la tragédie qui se joue. Les humanitaires ont besoin des médias pour témoigner, expliquer ce qu’ils font et pourquoi ils le font », a-t-il affirmé, ajoutant qu’il envisage un potentiel et un besoin accrus pour les médias de travailler plus étroitement et plus proactivement avec les humanitaires.

L’animatrice de la table ronde, Ashanta Osborne-Moses, ex-présidente de la Commission de la jeunesse de la Fédération internationale, s’est demandée où en seraient les participants lundi matin. M. Sy a affirmé qu’il était temps de retourner vers les communautés, là où tout se passe, « en brandissant la torche du pouvoir de l’humanité ». Pour M. Daccord, cela ne fait pas de différence. « Nous sommes tout le temps au travail. Ce que nous devons faire, c’est rapporter un peu de cette formidable énergie collective sur le terrain », a-t-il déclaré, ajoutant qu’il fallait maintenant mettre en oeuvre des plans et des actions ambitieux.

En conclusion, Fatima Gailani a appelé chacun à tenir les engagements souscrits ces trois derniers jours par la Conférence internationale. « Nous avons tous la responsabilité d’honorer nos promesses .»

Les résultats de la 32e Conférence internationale

Avec 177 Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge et 162 Etats représentés et habilités à voter, la 32e Conférence internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge a engagé le processus de clôture de la session en élisant une nouvelle Commission permanente. Pour la première fois, les délégués ont utilisé des dispositifs de vote électroniques, des smartphones ou des tablettes pour exprimer leur vote en faveur des dix candidats représentant toutes les régions de la planète.

 

La nouvelle Commission permanente a été constituée comme suit:

  • George Weber, Canada, 229 votes
  • Eva Von Oelrich, Suède, 224 votes
  • Chrystold Chetty, Seychelles, 176 votes
  • Greg Vickery, Australie, 175 votes
  • Massimo Barra, Italie, 172 votes.

L’élection a été suivie par la présentation des rapports des cinq commissions. La commission des Principes fondamentaux en action a souligné la nécessité d’adapter la mise en application des Principes fondamentaux aux différents contextes dans lesquels opèrent les Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge afin de préserver le dialogue avec toutes les parties et d’encourager les Etats à manifester leur appui aux Principes en vue de faciliter le travail des acteurs humanitaires.

La deuxième commission s’est penchée sur les défis contemporains du droit international humanitaire et sur la façon de les aborder. Elle a pris note de la complexité croissante des conflits armés, de leur expansion géographique, y compris en milieu urbain, et appelé toutes les parties à respecter et appliquer le droit international humanitaire.

La troisième commission s’est penchée sur la prévention de la violence sexuelle et sexospécifique. Elle a suggéré quelques solutions pratiques incluant le libre accès à des aides juridiques et financières pour les victimes, la simplification des procédures légales et l’amélioration de la coordination interne et externe, y compris avec les Etats.

La quatrième commission a traité des Soins de santé en danger, les délégués prenant acte des progrès réalisés depuis la dernière Conférence internationale. Trente-sept interventions ont été suggérées, notant que les mesures les plus efficaces sont celles adoptées au niveau local. Nombre de ces mesures sont reflétées dans les engagements issus de la Conférence.

La cinquième commission a engagé un débat animé sur le développement de la résilience à travers le renforcement de l’action locale et des cadres juridiques, mettant en avant la Coalition du milliard pour la résilience lancée plus tôt dans la semaine avec pour objectif de faire en sorte que, d’ici 2015, un milliard au moins d’habitants de la planète aient pris des mesures actives pour améliorer leur résilience.

A l’issue de 45 heures de session, le Comité de rédaction a fait rapport sur neuf résolutions toutes adoptées en son sein par consensus. Ces résolutions ont été également adoptées en séance plénière, à nouveau par consensus, avec quelques réserves de la part d’une poignée de Sociétés nationales.

Les réunions statutaires en chiffres

0
Participants

2284 délégués; 169 gouvernements; 185 Sociétés nationales; 101 observateurs

0
hours
Drafting committee

240 paragraphes 9 resolutions

0
Pledges

86 engagements spécifiques 51 engagements ouverts

Manifestation parallèle

Combler le fossé entre financement humanitaire et développemental

Y a-t-il réellement deux cultures de financement distinctes, ou existe-t-il un terrain commun? C’est sur cette question que s’est ouvert le débat entre cinq intervenants distingués lors d’une manifestation très animée sous la houlette de Lauren Taylor d’Al Jazeera, sur le thème du fossé séparant le financement de l’action humanitaire et du développement.

Kristalina Georgieva, coprésidente du High Panel on the Future of Humanitarian Financing (Nations unies) et vice-présidente de la Commission européenne, a expliqué comment la nature même du financement était affectée par la complexité des situations de conflit actuelles.

« La prolongation des conflits a altéré la manière dont les fonds sont canalisés », a-t-elle noté. « Il n’est pas toujours possible de budgéter pour une seule année, car les crises durent souvent beaucoup plus longtemps. C’est pourquoi il nous faut reconsidérer la relation entre durée et structure des financements. »

Le président du CICR Peter Maurer a confirmé cette analyse en soulignant que les crises contemporaines requièrent des options de longue haleine, comme par exemple de passer dans certaines situations de l’aide alimentaire d’urgence au soutien de programmes agricoles.

S’agissant de l’évolution de la nature du financement humanitaire, les différents intervenants ont partagé les expériences de leurs organisations respectives. M. Maurer a expliqué comment le CICR recourt à diverses formes de contributions allant du soutien technologique aux contrats d’impact, en passant par les contributions en nature et le financement du secteur privé. Elhadj As Sy, secrétaire général de la FICR, a commenté: « Si vous avez de l’argent à investir, consacrez une partie de vos ressources à faire en sorte que les risques ne se convertissent pas fatalement en catastrophes, que les gens aient la capacité de répondre par eux-mêmes et de rebondir. »

Le CICR comme la Fédération internationale ont noté que l’essentiel de l’action humanitaire consiste à aider les communautés à se préparer aux catastrophes et aux crises, à en limiter l’impact et à s’en relever. Les deux représentants ont souligné que ce travail, qui par nature réclame une présence et un engagement soutenus, ne peut être accompli efficacement qu’en collaboration avec les acteurs locaux.

« C’est la force du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. Non seulement nous sommes sur le terrain comme acteurs internationaux, mais nous travaillons avec nos partenaires locaux, les Sociétés nationales, ce qui garantit une relation de proximité avec les gens qui ont le plus besoin de nous », a conclu M. Maurer.

Un dialogue humanitaire

Les migrants sont des êtres humains

Musique assourdissante, ‘high fives’ et expression artistique live – des éléments plutôt incongrus dans le cadre d’une conférence, mais parfaitement à leur place lors de la session du Dialogue humanitaire sur la migration. Les participants avaient été invités à laisser à la porte leur identité et à se projeter dans le monde de 2019, en essayant d’imaginer comment cela se passerait pour les populations en mouvement, et en réfléchissant aux questions de l’accès, de la discrimination, du partenariat et de la dignité.

« Nous ne résoudrons pas un problème aussi complexe que la migration en deux heures et demie », a déclaré l’animateur, « mais si vous partez avec des questionnements pertinents en tête, nous aurons fait du bon travail. »

Les participants se sont répartis en huit groupes, dont chacun a présenté un rapport sur ses travaux. Certains thèmes communs ont commencé à émerger, comme la nécessité de faire évoluer les états d’esprit et attitudes envers les migrants, de placer les gens au coeur de toutes décisions et actions, et de définir clairement ce qu’est un migrant – tout en s’interrogeant sur l’utilité d’une telle définition.

« Le plus important, sans doute, c’est d’agir sans attendre », a commenté un participant européen. « On parle beaucoup des migrants, mais on agit trop peu! »

Les idées dégagées durant le dialogue ont été partagées avec le Vision Lab, et seront intégrées dans la discussion finale en séance plénière.

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Dialogue humanitaire

« Il s’agit d’écouter, pas seulement de solutionner »

Cette quatrième session du Dialogue humanitaire (A Vision Lab) a passé en revue différentes formes d’insécurité en vue d’élaborer de possibles solutions humanitaires. Les scénarios allaient des attaques informatiques aux troubles civils, en passant par les actions extrémistes, la guerre des gangs ou une communauté ravagée par un cyclone.

Les participants ont discuté de solutions comme l’amélioration des programmes d’éducation et de sensibilisation, la valorisation des bonnes pratiques, l’identification et la mobilisation d’agents du changement, l’engagement communautaire, l’innovation en matière d’assistance, la réactivation des économies et le dialogue avec les gouvernements. Ils ont également souligné l’importance d’un dialogue basé sur la confiance et l’intérêt mutuel, de l’amélioration de l’écoute et du développement de la communication bilatérale pour garantir l’efficacité de l’action humanitaire. Comme l’a résumé l’un d’entre eux: « Il s’agit d’écouter, pas seulement de solutionner le problème. L’être humain s’engage volontiers dans toute entreprise qui lui tient à coeur».

 

Exposition

Renforcer les partenariats de pair à pair

C’est un sérieux défi logistique que de déplacer un bâtiment de 1000 mètres carrés à travers plusieurs frontières internationales, mais c’est pourtant ce que s’apprêtent à faire les Sociétés nationales de la Croix-Rouge du Burkina Faso et de Monaco.

La Croix-Rouge monégasque va en effet bientôt expédier un pavillon à la Croix-Rouge burkinabé. « Il sera envoyé dans plusieurs conteneurs empilés les uns sur les autres, d’abord par bateau, puis par train et enfin par camion jusqu’à sa destination finale, à la périphérie de Ouagadougou », explique Adeline Le Diguerher, chargée de projet à la Croix-Rouge monégasque.

Au Burkina Faso, la Société nationale compte l’utiliser de différentes manières. « Il servira d’hôtel et de centre de formation pour toute la région de l’Afrique occidentale », précise Jocelyne Sankima, directrice de l’économat à la Croix-Rouge burkinabé.

« Les habitants de Loumibila, l’agglomération proche du centre, en profiteront également. Des groupes de femmes pourront cultiver sur le terrain des produits à vendre sur le marché. Cela contribuera à améliorer leurs conditions d’existence. »

Ce projet s’inscrit dans une étroite relation entre les deux Sociétés nationales, nouée il y a déjà plusieurs années. « Ce partenariat nous permet d’échanger expériences et compétences et favorise le développement des capacités », commente Adeline Le Diguerher. « C’est une relation gagnant-gagnant », confirme Jocelyne Sankima.

 

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Manifestation parallèle

Renforcer les cadres juridiques pour les situations de catastrophe et autres urgences

Se fondant sur les expériences de deux zones géographiques très distantes – le Chili et les Îles Cook –, la séance visait à analyser le rôle du droit national dans la promotion de la réduction des risques de catastrophes, et à montrer comment une approche coordonnée avec les réglementations internationales pourrait améliorer non seulement l’impact des programmes de développement, mais aussi l’efficacité des opérations humanitaires de secours d’urgence.

En complément, le Centre de référence mondial de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge pour les premiers secours a présenté les conclusions d’une enquête menée auprès de Sociétés nationales du monde entier. « A travers les Sociétés nationales, nous avons pu, en tant que Mouvement, former quelque 14 millions de personnes à travers le monde », a déclaré Pascal Cassin. « C’est un chiffre conséquent, mais cela ne suffit pas. »

La séance a également comporté une brève cérémonie de signature d’un nouveau Mémorandum d’accord destiné à renforcer la collaboration entre la Fédération internationale et le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), ainsi que d’un accord spécial visant à renforcer la coopération en matière de développement du droit et des politiques nationaux pour la gestion des risques de catastrophes et l’adaptation au changement climatique. Cette coopération a déjà donné le jour à une étude multi-nationale publiée en 2014 ainsi qu’à une liste de contrôle pour les instruments juridiques relatifs à la réduction des risques.

 

Exposition

161 Sociétés nationales adhèrent à la plateforme de don en ligne

Au terme des réunions statutaires, 161 Sociétés nationales avaient adhéré à la plateforme mondiale de don en ligne ammado. Quatre-vingt huit se sont enregistrées pendant l’Assemblée générale, le Conseil des Délégués et la Conférence internationale, les deux dernières étant la Croix-Rouge de Kiribati et le Croissant-Rouge de Djibouti.

Certaines Sociétés nationales ont déjà commencé à faire usage de ce service pendant les réunions. La Croix-Rouge haïtienne, par exemple, a mis en place une page spéciale sur son site web et les Sociétés nationales de Grenade, de Vanuatu et de Guinée ont installé un bouton « faire un don » sur leurs pages Facebook.

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