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La Médaille Henry Dunant : un courage particulier

Une cérémonie spéciale en hommage aux services rendus par quatre distingués humanitaires était le point fort d’une réception informelle pour l’ouverture de la 32e Conférence internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. Depuis 50 ans maintenant, la Médaille Henry Dunant, plus haute distinction du Mouvement, récompense des services humanitaires et des actions de dévouement exceptionnels. Cette année, les récipiendaires sont Ahmed Mohamed Hassan, Stephen Davey, Monowara Sarkar et, à titre posthume, Mamdouh Kamal Gabr.

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Le docteur Mohamed Hassan est un cardiologue qui a plusieurs décennies durant porté l’action du Croissant-Rouge de Somalie, dont il a été élu président en 1972. Depuis plus de 20 ans, la Somalie est en proie à des divisions politiques et à des violences armées qui en font un des pays les plus instables de la planète. Malgré ce contexte hautement volatile, le docteur Ahmed est parvenu à préserver l’unité de la Société nationale grâce à sa sagesse, à son humilité et à une dévotion sans faille aux Principes fondamentaux.

Mamdouh Kamal Gabr est devenu secrétaire général du Croissant-Rouge égyptien en 1991 et a occupé ses fonctions jusqu’à son décès en 2014. Sous son leadership, la Société nationale n’a cessé d’incarner les idéaux humanitaires du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge en cette période très troublée sur les plans social et politique, apportant même une assistance et un soutien précieux à des Sociétés soeurs de la région et au-delà. L’actuel secrétaire général, Moemena Kamel, a reçu la distinction posthume au nom de son prédécesseur.

Depuis 44 ans, Monowara Sarkar consacre sa vie à atténuer les souffrances de personnes séparées de leurs proches par des situations de conflit ou des catastrophes naturelles. Entrée au CICR en 1971, elle fut choisie quatre ans plus tard pour mettre en place le service de recherche du Croissant-Rouge du Bangladesh, un projet qui devait durer six mois, mais qui compte aujourd’hui 40 ans d’existence. En 2001, au terme de longues années de négociation, elle a été autorisée par le gouvernement à créer un service de rétablissement des liens familiaux et d’assistance au profit de détenus étrangers. Monowara Sarkar s’est vue décerner la Médaille Henry Dunant non seulement en reconnaissance de sa longue carrière au service du Mouvement, mais aussi pour l’esprit novateur dont elle a fait preuve dans son travail.

Stephen Davey a rejoint le Mouvement en 1970 et, quelques années plus tard, il s’est transféré à Genève pour travailler à la Fédération internationale – à l’époque appelée Ligue des Sociétés de la Croix-Rouge –, dans un premier temps au sein du Bureau des secours. Au fil des ans, il a contribué à l’élaboration de nombreuses politiques importantes, au nombre desquelles la Stratégie pour les années 80, le Plan de travail stratégique pour les années 90 et la Stratégie 2010. Il a grandement aidé à revitaliser le travail de la Fédération sur les Principes fondamentaux, supervisé l’adoption de moyens de communication modernes, réorganisé les services médias et communication et renforcé l’attention portée au travail des Sociétés nationales.

S’exprimant au nom de tous les récipiendaires de 2015, M. Davey s’est dit profondément honoré par cette distinction. « Nous considérons comme un privilège de travailler pour le Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, et n’en escomptons a priori aucune récompense », a-t-il déclaré. Sensible aux efforts déployés par tant d’individus au sein du Mouvement, il considère les quatre récipiendaires comme les représentants de la multitude de personnes qui accomplissent un travail remarquable dans l’anonymat. « Si ces médailles distinguent des contributions individuelles, elles reflètent aussi la contribution globale des membres du Mouvement dont l’action humanitaire réclame une détermination et un courage particulier. »

Responsabiliser l’humanité – Ouverture de la 32e Conférence internationale

La 32e Conférence internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge s’est ouverte sur un appel aux dirigeants des Etats et des Sociétés nationales à changer leur approche collective de l’aide aux populations dans le besoin.

 

Aujourd’hui, il y a près de 60 millions de personnes déplacées à travers le monde à cause des conflits et autres formes de violence – le chiffre le plus élevé depuis la Deuxième Guerre mondiale. En 2014, près de 102 millions de personnes ont été affectées par des catastrophes. Les gouvernements et le Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge s’efforcent de répondre aux besoins humanitaires croissants, mais ces besoins évoluent et nous devons évoluer nous aussi, a déclaré le président de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.

« Nous ne pouvons pas continuer à investir tant d’argent, de temps et d’effort dans des opérations de secours trop souvent tardives et qui laissent trop souvent les bénéficiaires exposés aux mêmes risques et vulnérabilités qu’auparavant », a déclaré Tadateru Konoé, président de la Fédération internationale. « Nous devons évoluer dans notre réponse aux besoins humanitaires en donnant la priorité aux actions qui aident les communautés à devenir plus fortes et plus résilientes. »

Le président Konoé a souligné que la Fédération internationale était résolue à opérer la mutation requise à travers un Plan et Budget focalisé sur le développement de la résilience communautaire, en mettant à contribution les capacités de quelque 17 millions de volontaires locaux qualifiés à travers le monde entier.

« Depuis la dernière Conférence internationale, près de 100 volontaires Croix-Rouge et Croissant-Rouge ont été tué en service », a-t-il rappelé. « Nous avons la responsabilité conjointe de faire en sorte que ce tragique bilan ne se répète pas dans quatre ans. Nous allons exhorter les Etats à nous aider à mettre en place des environnements propices au volontariat. »

« Nous sommes entrés dans une ère où les conflits armés deviennent plus complexes et impliquent un nombre croissant d’acteurs, durent plus longtemps, affectent des territoires plus vastes, font intervenir des tactiques et armements plus diversifiés et, surtout, entraînent des souffrances humaines de plus en plus terribles », a déclaré Peter Maurer, président du Comité international de la Croix-Rouge (CICR). « En d’autres termes, nous sommes plongés dans un monde en guerre. »

Le président Maurer a promis que le CICR allait renforcer son soutien à ses partenaires du Mouvement le long des routes migratoires et exhorté les Etats à se garder du nombrilisme. « Les Etats ne peuvent pas se focaliser sur ce qui se passe à l’intérieur de leurs frontières uniquement », a-t-il poursuivi. « Les routes migratoires traversent les frontières – et notre réponse humanitaire doit faire de même. »

Evoquant les récents attentats à Yola, Bamako, Paris et Beyrouth, il a insisté sur la nécessité de rappeler toutes les parties à respecter le droit humanitaire international et autres instruments comme le droit relatif aux droits de l’homme pour prévenir ces violences et y répondre. « Nous allons devoir redoubler d’efforts pour faire en sorte que le droit soit connu, compris et appliqué », a-t-il affirmé, ajoutant que le CICR est bien placé pour conseiller les gouvernements et les groupes armés non étatiques sur la mise en oeuvre du droit de la guerre, compte tenu de son engagement auprès de tous les belligérants à travers le monde.

« Le dilemme chronique de l’action humanitaire est, et demeurera, la dépendance vis-à-vis de solutions politiques », a encore noté le président Maurer, appelant les Etats à oeuvrer à de telles solutions face aux conflits armés actuels.

Les Sociétés nationales de Guinée, du Liberia et de Sierra Leone ont été distinguées pour leur riposte à Ebola par l’attribution d’un Prix humanitaire spécial durant la cérémonie d’ouverture de la 32e Conférence internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.

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« L’humanité, le moteur qui commande toutes nos actions »

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The panel discussed the role of principled humanitarian action in a changing world.

Humanité partagée, partenariats et responsabilité collective ont été les thèmes centraux de la table ronde de cet après-midi animée par la présentatrice de CNN Hala Gorani. Intitulé Pouvoir de l’humanité : les Principes fondamentaux en action, cet atelier a réuni Fatima Gailani, présidente du Croissant-Rouge afghan, Joanne Liu, présidente de Médecins Sans Frontières, et Richard Shirreff, ex-commandant en chef adjoint de l’OTAN en Europe.

La séance s’est ouverte avec trois messages vidéo. Li Yuanchao, vice-président de la Chine, a rendu hommage au Mouvement pour sa contribution majeure à la paix et au développement à travers le monde. Il a réaffirmé l’engagement de son gouvernement à soutenir le travail de la Croix-Rouge chinoise. Le secrétaire général des Nations unies Ban Ki Moon a pour sa part déclaré que l’ONU était fière de participer à cette conférence cruciale et exprimé le souhait que les délibérations des trois prochains jours puissent nourrir le Sommet humanitaire mondial en mai 2016. Franz Van Houtem, directeur exécutif de Phillips, a évoqué les efforts engagés afin d’améliorer les conditions d’existence de trois milliards d’individus d’ici 2025.

Humanité. Tous les intervenants ont convenu que ce Principe fondamental couronnait tous les autres. Hala Gorani a résumé l’idée par ces mots: « L’humanité est le moteur qui commande toutes nos actions. Notre travail vise des objectifs ambitieux et s’effectue aux côtés de gouvernements et autres partenaires avec lesquels il n’est pas toujours facile de collaborer, mais il nous met aussi en contact avec d’admirables individus. »

Fatima Gailani a parlé de l’Indépendance. « Pour ce travail, toutes les parties doivent respecter ce principe. En ce qui nous concerne, nous l’avons clairement signifié à notre gouvernement et nous avons pu travailler de manière neutre et indépendante », a-t-elle déclaré.

Evoquant l’action humanitaire sur le terrain aujourd’hui, Joanne Liu a expliqué comment le travail de MSF est axé sur l’action étayée par l’éthique médicale et par l’engagement de soigner tout le monde sans exception ni discrimination, quelles que soient les difficultés. « La guerre s’arrête au seuil de notre hôpital et l’accès aux soins doit être garanti à tous – c’est le vrai défi », a-t-elle noté, ajoutant que c’est précisément pourquoi le droit international humanitaire doit être énergiquement réaffirmé. « Cela nous permet de travailler dans le contexte des conflits, c’est ce qui met de l’humanité dans le chaos de la guerre – à vous de jouer! »

Les participants ont été invités à décrire les principaux défis et priorités de leur travail. Décrivant le travail réalisé face à l’épidémie d’Ebola, Joanne Liu a déclaré que le plus gros défi avait consisté à mobiliser l’attention du monde. « Nous sommes passés de l’indifférence à la peur, puis à la riposte collectives. La difficulté a été d’éveiller la volonté politique de combattre l’épidémie – il nous a fallu de longs mois pour y parvenir. »

Fatima Gailani a répondu qu’elle enviait les pays qui ont des priorités. « Dans notre travail, nous en avons trop pour les classer. Mais mon principal souci est de savoir comment protéger nos jeunes volontaires. C’est pour cela que nous avons besoin de la Conférence internationale, pour unir nos forces et nos capacités. »

Le général Shirreff a parlé du rôle des militaires dans l’aide humanitaire, tout en convenant que celui-ci doit rester subordonné aux agences spécialisées et que les militaires doivent reconnaître l’espace humanitaire et y contribuer.

Hala Gorani a demandé aux participants quel serait leur message aux jeunes qui souhaitent s’engager dans l’action humanitaire. Joanne Liu a souligné qu’il était important de déterminer les motivations présidant à une telle décision. « Il ne s’agit pas de vous, mais de se soucier des autres et de les aider. C’est une action altruiste en faveur des gens qui en ont le plus besoin. » Le Général Shirreff a estimé que les jeunes devraient se pencher sur leur vocation. « Plus vous donnez, et plus vous vous enrichissez. Vous retirerez une immense satisfaction des gens que vous servirez. Ce que l’on fait seul n’est pas aussi important que ce que nous pouvons faire ensemble. »

En conclusion, Fatima Gailani a réaffirmé l’importance de la Conférence internationale et la participation des Etats à ces sessions, rappelant que les résolutions adoptées au cours des trois prochaines journées ne concerneraient pas que les personnes présentes à Genève, mais aussi tous les jeunes qui font un travail extraordinaire sur le terrain.

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The opening of the 32nd International Conference

Réunir les familles, restaurer l’espoir

Trop souvent, les personnes affectées par des conflits, des catastrophes ou les migrations endurent une souffrance supplémentaire – celle d’ignorer le sort de certains de leurs proches. En considération de ce problème universel, une séance intitulée Rétablissement des liens familiaux : renforcer la résilience des communautés en aidant les familles dispersées à la suite d’un conflit, d’une catastrophe ou d’une migration à rétablir le contact et en leur apportant un soutien a été organisée afin d’échanger idées et expériences.

Parmi les intervenants figuraient la récipiendaire de la Médaille Henry Dunant Monowara Sarkar, du Croissant-Rouge du Bangladesh, Thu-Thuy Truong, bénéficiaire et volontaire du service de réunion des familles de la Croix-Rouge américaine, et Claire Schocher-Döring, directrice du service de recherche de la Croix-Rouge autrichienne, qui ont évoqué leurs expériences en tant qu’individus et membres du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.

Monowara Sarkar a mis l’accent sur la nécessité de promouvoir l’importance cruciale des efforts de rétablissement des liens familiaux et de reconnaître la contribution des volontaires, tout en louant l’appui technique apporté par le CICR à sa Société nationale. Elle a affirmé qu’une coopération et une communication de qualité parmi les composantes du Mouvement étaient cruciales pour atténuer les souffrances des membres de familles séparées.

Thu-Thuy Truong a raconté comment sa famille, qui avait été dispersée à Saigon en 1975, avait pu être rassemblée grâce aux efforts de la Croix-Rouge américaine. Truong, sa mère et son frère avaient été parmi les premiers ‘boat people’ embarqués à destination de Guam sur un navire commercial enregistré aux Etats-Unis. Son père qui se trouvait à des centaines de kilomètres, avait trouvé place sur un autre bateau.

A travers ses services de recherche et de regroupement, le Mouvement s’emploie à atténuer le traumatisme de l’incertitude qui hante les familles séparées, renforçant par là-même la résilience communautaire. Rien qu’en 2014, le CICR a distribué 88 945 messages Croix-Rouge qui ont permis à des membres de familles dispersées par des conflits, des troubles ou autres tensions d’échanger des nouvelles.

 

La table ronde australienne innove dans la réduction des risques de catastrophes

Depuis plus de 100 ans, la Croix-Rouge australienne assiste les populations affectées par des catastrophes, fréquentes dans le pays. Celles-ci ont prélevé un lourd tribut, tant humain que financier, ce qui a amené la Croix-Rouge à s’engager résolument dans la préparation et la prévention.

La Société nationale compte parmi les fondateurs de l’Australian Business Roundtable for Disaster Resilience and Safer Communities qui s’appuie sur des données concrètes pour déterminer les investissements requis afin de réduire les risques de catastrophes. La table ronde rassemble les directeurs exécutifs de six entreprises et organisations de différents secteurs clés du pays qui s’emploient à influer sur les politiques publiques en vue de développer la résilience communautaire.

Une manifestation parallèle a été organisée durant la première journée de la Conférence internationale pour faire connaître cet organisme. La présentation et la discussion étaient conçues de manière à encourager la reproduction du modèle australien dans différents contextes et sa mise en oeuvre par d’autres Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, en phase avec l’initiative de la Coalition du milliard pour la résilience.

La réussite du projet a été saluée en mars 2015 par la Conférence des Nations unies sur la réduction des risques de catastrophes, qui a décerné à la Croix-Rouge australienne le Prix Sasakawa récompensant des efforts exemplaires dans ce domaine.

Evaluer la Conférence internationale

Durant la Conférence internationale, les délégués pourront être abordés par une équipe dont la tâche consiste à évaluer la session à travers quatre méthodes de collecte de données – enquêtes sur tablettes, interviews vidéo, questionnaires sur les sessions Dialogue humanitaire et analyse des réseaux sociaux. Nous pensons qu’une telle analyse aidera la Croix-Rouge et le Croissant-Rouge à mieux comprendre l’intérêt et l’utilité de cette conférence avant et pendant son déroulement, et qu’elle fournira de précieux enseignements pour les sessions futures.